jeudi 3 octobre 2013

Papa, Maman, famille, etc

 

J’aimerais parler aujourd’hui d’une façon de parler des gabonais qui me choquait au départ et à laquelle je me suis plus ou moins habituée depuis. Je n’utilise pas cette façon de parler, mais les gens l’utilisent sur moi. Vous allez comprendre.

Il s’agit en fait d’appeler les gens « papa » et « maman » au lieu de les appeler soit monsieur, soit par leur prénom. Voici des exemples. Le vieux monsieur qui vend ses tomates en haut de ma rue et près duquel j’attends le taxi tous les matins me salue tous les jours en disant “Bonjour Maman!”. Une jeune femme aborde une vendeuse pour lui faire une commande en lui disant “Maman, donne moi des pommes de terre”. Une femme voyant une petite fille pleurer lui dit “Maman, qu’est ce que c’est! Arrête donc de pleurer”. Je n’ai que des exemples avec maman, mais c’est la même chose avec papa. Au début de mon séjour au Gabon, cela me choquait énormément! Comment peut-on appeler son enfant papa ou maman? N’est-ce pas le monde à l’envers? Comment cet enfant pourra-t-il construire son identité (question très européenne, oui, je sais). Comment ce vieil homme m’appelle-t-il maman tous les matins? Je ne suis pas sa mère et bien loin d’être en âge d’être sa mère (problème de génération ici)! De toute manière, je ne suis même pas mère tout court.

Je n’ai jusqu’à ce jour aucune explication à cette manière d’appeler les gens. J’en ai entendu beaucoup, j’ai aussi mes théories… Mais rien de tout cela n’explique vraiment cette habitude. Certains disent qu’ils appellent les femmes maman parce que soit elles sont mères, soit elles sont mères en devenir. D’autres expliquent que c’est une marque de respect. D’autres encore disent que c’est une mode de langage qui est apparue récemment (elle pourrait donc disparaitre?).

Pour moi qui aie été élevée par un couple, mon père et ma mère, qui m’ont bien entourée, m’ont fait grandir et que j’aime, il m’est impossible d’appeler quelqu’un d’autre que ces deux personnes très précises “Papa” et “Maman”. Pour moi, ces deux mots sont sacrés et c’est pourquoi je ne les utilise pas au Gabon pour appeler mes voisins ou les vendeuses du quartier. Je sais que me plier à cette coutume aiderait à mon intégration, mais j’ai choisi de ne pas le faire parce que dans mon fort intérieur, ce serait banaliser ce mot, et enlever le respect et la position qu’ont mes parents dans mon cœur. C’est tout à fait personnel bien sur et je suis sure que d’autres français ne seraient pas du tout d’accord avec moi et me trouveraient bien ridicule.

J’avais pensé continuer à écrire sur la famille gabonaise qui est tellement différente de la famille française (je m’en rends compte de jour en jour), ce qui pourrait expliquer que l’utilisation du mot papa et maman est banalisé dans ce pays. Mais en écrivant cet article, où j’énonce clairement que je refuse de faire quelque chose qui pourrait m’intégrer dans la culture gabonaise pour des raisons personnelles, je m’auto-choque moi –même. Comment peut-on choisir de ne pas s’intégrer? 

Est-il important de s’intégrer dans tous les domaines de la culture d’accueil? Dans quelle mesure doit-on s’imprégner de la culture dans laquelle on vit et dans quelle mesure doit-on garder farouchement ses propres coutumes? Quand on vit dans son pays, il est facile de critiquer les étrangers quand ils choisissent de garder leurs coutumes qui dérangent les nôtres. Mais quand on se retrouve dans la position de l’immigré, on est tout d’un coup heureux de pouvoir continuer à faire toutes ces habitudes qui nous définissent.

J’imagine que la réponse est la même que pour tous les problèmes : trouver l’équilibre. Accepter de changer certaines habitudes qui ne sont finalement pas si importantes, et garder celles sans quoi nous ne serions plus nous. Le tout est de pouvoir vivre dans un endroit qui nous laisse cette liberté de choisir.

Pour terminer sur le sujet, ça ne me dérange plus d’être appelée maman par des gens que je ne connais pas. Ca me fait toujours un peu bizarre, mais ça ne me choque plus. Et personne n’a l’air embêté que je ne l’appelle pas papa. Je pense que je pourrais commencer à dire tonton sans trop de problème pour moi et avec le même effet!

Rien à voir, mais puisqu’on parle de famille, une petite photo avec ma soeur!

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